L’âge d’or de la diplomatie économique de la Turquie en Afrique

La Turquie, une puissance économique régionale en expansion

Située aux confins de l’Asie et de l’Europe, héritière de l’Empire Ottoman, peuplée de 76 millions d’habitants, la Turquie moderne est née de l’inspiration de Mustafa Kemal Atatürk en 1923. Avec un PIB de 789 milliards de dollars, soit la 17è puissance mondiale, la Turquie fait partie du groupe des MINT (Mexique, Indonésie, Nigeria et Turquie), juste derrière les BRICS (Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud), et ambitionne de se positionner à la 10è place mondiale en 2023, anniversaire du centenaire de la République. Longtemps alliée à l’OTAN, la Turquie va se définir son nouveau destin suite au rejet de sa candidature à l’entrée dans l’Union Européenne en décembre 1997 au Luxembourg. Ce nouveau destin se construira autour de sa politique étrangère bâtie sur une diplomatie économique offensive. Le terrain idéal de sa nouvelle stratégie sera l’Afrique subsaharienne avec un taux de croissance dynamique, dépassant les 5%.

Des échanges économiques et commerciaux entre la Turquie et l’Afrique en hausse

En 1998, le gouvernement turc a mis en place son programme stratégique « Opening up to Africa »  (plan d’ouverture vers l’Afrique), puis 2005, « Année de l’Afrique » en Turquie. 2006, Ankara organise à Istanbul, un forum d’affaires annuel entre les acteurs économiques turcs et africains. En Août 2008, Ankara enchaîne avec le premier sommet Afrique-turc à Istanbul. En seulement deux décennies, Ankara est en passe de gagner son pari. Alors qu’en 2000, les échanges commerciaux entre la Turquie et l’Afrique ne représentaient que 742 millions de dollars,  et 2 milliards de dollars en 2002, le Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan lors de sa tournée africaine en janvier 2013, a annoncé vouloir doubler  les chiffres d’ici 2015, soit de 18 milliards de dollars en fin 2012, à 50 milliards. Cette présence en force de la Turquie en Afrique lui a permis d’asseoir son influence.

De l’influence économique à l’influence politico-diplomatique

En renforçant sa présence économique et commerciale en Afrique, la Turquie s’est également assurée du soutien politico-diplomatique de ses partenaires africains. En 2008, l’Union Africaine lui a octroyé le statut de partenaire stratégique de l’Afrique. En 2009, c’est presque à l’unanimité que les Etats africains ont accordé leur vote (52 Etats sur 53) à la Turquie pour siéger en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Consciente de l’influence majeure de la presse dans l’opinion publique africaine, soucieuse de jouer son rôle de lobbying et de séduction, les 9 et 10 Mai 2012, Ankara a  initié pour la première fois, un forum afro-turc sur les medias. Ce forum a réuni près de 300 journalistes provenant des 54 pays africains.

De la multiplication des représentations diplomatiques et consulaires en Afrique

Cette offensive diplomatique s’accompagne de la multiplication des représentations diplomatiques et consulaires en Afrique. Depuis 2009, Ankara a créé une trentaine de postes diplomatiques et consulaires en Afrique.  Pour parfaire son dispositif commercial, la Turquie déploiera son arsenal aérien civil.  Ankara tissera des liens avec le ciel africain.

Turkish Airlines, le bras aérien de la diplomatie économique turque

Turkish Airlines, dont l’Etat turc est actionnaire à 49%, sera l’un des leviers importants de cette diplomatie offensive. La compagnie s’implante petit à petit dans les capitales africaines. Derniers en date, les aéroports de Cotonou (Bénin), Conakry (Guinée Conakry) et Bamako (Mali) seront desservis fin juin 2014, en provenance de son principal hub d’Istanbul-Atatürk. La compagnie aérienne turque dessert ainsi 39 destinations africaines, l’objectif étant de desservir 100 aéroports dans une vingtaine d’années. Turkish Airlines bouscule donc la hiérarchie imposée par les grandes compagnies occidentales  Air France, Brussels Airlines, British air, Lufthansa…, concurrents indirects, mais de quoi relancer la guerre des prix.

Et l’Afrique, que gagne-t-elle dans ses échanges avec la Turquie ?

Lors du forum afro-turc de mai 2012, le Vice premier Ministre turc Bülent Ariç déclarait devant le parterre de 300 journalistes et blogueurs africains : «  Nous ne sommes pas comme les européens, nous ne faisons pas dans la littérature, nous voulons vous aider concrètement » ; « Nous sommes loin de la pensée coloniale, nous voulons assurer un développement favorable avec l’Afrique. Il ne faut pas se contenter d’un discours misérabiliste » et  Serdar Cam, Responsable de l’Agence turque de développement Tika, d’avancer : «  Pour construire ensemble, il faut bannir les clichés occidentaux qui collent à l’Afrique comme « guerres », « violences », « pauvreté », « maladie ». Il faut changer notre langage ». Si le constat est vrai, ces belles paroles  ne sont pas souvent appliquées dans la pratique du libéralisme économique. La Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie et de nouveau l’Occident, tous convoitent l’Afrique, devenu le centre stratégique des relations commerciales. Cette diversité de partenaires autrefois absente, est une chance pour l’Afrique, à conditions que les dirigeants africains mettent en place leurs plans stratégiques avec des objectifs chiffrés et ambitieux, en important les produits qu’ils ne peuvent pas fabriquer ou les produits pour lesquels ils ne disposent pas d’avantages comparatifs, en exportant des produits manufacturés et non plus des matières premières brutes, bref, en se dotant d’une politique industrielle ambitieuse, créatrice de richesses et pourvoyeuse d’emplois.

Dr.  Alassani Sanny AGNORO

Politologue

Spécialiste de l’Afrique de l’Ouest

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