Le bras de fer commercial entre l’Union Européenne et la Chine

 

Les rivalités entre la Chine et la France ne sont pas nouvelles. On se souvient des représailles de Pékin en riposte à la visite du Dalaï Lama à l’Elysée : « En dépit de la forte opposition des masses en Chine et des mises en garde fermes du gouvernement chinois », M. Sarkozy, « dans ses doubles fonctions à la présidence de la France et de l’Union Européenne », a « persisté » et rencontré le Dalaï Lama, « un réfugié politique qui mène depuis longtemps des activités séparatistes », dit le ministère. « Cette action erronée constitue une ingérence grossière dans les affaires intérieures de la Chine et heurte les sentiments du peuple chinois. Le gouvernement chinois exprime son opposition résolue et son vif mécontentement », poursuit le ministère des affaires étrangères chinois. Pékin a fortement riposté en décidant d’annuler le sommet Union Européenne/Chine prévu à Lyon le 1er décembre 2008. Mais cette fois ci, la guerre se déplace sur le terrain économique. En décidant le 4 juin d’instaurer des taxes provisoires sur les panneaux solaires chinois, parce que soupçonnés de bénéficier de subventions, la Commission Européenne a de nouveau attiré la foudre de Pékin.

La menace chinoise sur les produits européens, notamment français et allemands

Grande comme 14 fois la France et 20 fois plus peuplée, la Chine a de quoi faire trembler ses partenaires économiques surtout si la balance commerciale est excédentaire en faveur de ceux-ci. Pékin n’entend donc pas rester immobile face à la décision de Bruxelles. La riposte ne s’est pas fait attendre. Vraisemblablement, c’était la réponse du berger à la bergère.

Mercredi 05 juin, la Chine annonce mener une enquête antidumping sur les vins importés de l’Union Européenne. « Le gouvernement chinois a lancé une procédure antidumping et anti-subventions visant les vins de l’Union européenne », a indiqué dans un communiqué le ministère chinois du Commerce. Le montant annuel des exportations de vins et spiritueux européens en direction de la Chine dépasse le milliard d’euros. La France, premier exportateur européen vers la Chine avec 140 millions de litres de vin vendus en 2012, pour un montant de 788 millions de dollars, selon les douanes chinoises, est directement menacée. Les vins et spiritueux constituent le deuxième poste excédentaire de la balance commerciale de la France, derrière l’aéronautique et représentent à eux seuls 83% de l’excédent de l’agroalimentaire français. Une telle menace aura donc des conséquences catastrophiques sur l’économie française. Si la France est visée à travers le secteur des vins et spiritueux, l’Allemagne, première économie de l’Europe, n’est pas non plus épargnée.

Philipp Rösler, la décision de Bruxelles est une « erreur grave »

Après avoir été à l’origine de l’affaire de taxation des panneaux solaires chinois, l’Allemagne a opéré un volt face vis-à-vis de la Commission. Ainsi, lors de leurs récentes rencontres le 27 mai 2013, Berlin a rejeté l’idée avancée par la Commission européenne d’imposer des sanctions douanières à la Chine dans le domaine du photovoltaïque. « De notre point de vue, les mesures de sanction ne sont plus nécessaires », annonce le ministre allemand de L’Economie, Philipp Rösler, en présence du Premier ministre chinois Li Keqiang en visite en Allemagne.

Visiblement, la diplomatie allemande n’est pas parvenue à faire plier Bruxelles ou alors, l’autre hypothèse moins probable, Angela Merkel joue à un double jeu en tentant de montrer sa bonne foi face à Pékin, et sa solidarité voilée face à la décision de Bruxelles. Dans tous les cas, Pékin ne compte pas épargner Berlin.

Après la menace sur la taxation du vin européen qui touche principalement la France, le gouvernement chinois menacerait désormais d’imposer des taxes douanières aux importations de voitures haut de gamme européennes. La cible visée, sans doute les grosses cylindrées allemandes : Mercedes, BMW, Audi ou Volkswagen. Premier partenaire européen de la Chine, l’Allemagne se trouverait en difficulté face à une telle menace d’autant que sur les 77 milliards d’euros d’exportations allemandes vers la Chine en 2012, l’automobile de luxe (véhicules et pièces détachées) occupe environ 30%.

La France et l’Allemagne étant les locomotives de l’Union Européenne, ces menaces vont-elles les contraindre à faire renoncer la Commission Européenne, tant les intérêts en jeux sont énormes et vitaux pour ces derniers ?

Enfin, on se demande si l’OMC a t-elle encore un sens face à cette guerre commerciale qui risque de s’amplifier dans un futur proche?

Dr. AGNORO Alassani

Politologue

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