Diplomatie économique : Tokyo reprend la main en Afrique

A l’ouverture du sommet TICAD V, le premier ministre nippon Shinzo Abe a annoncé une aide substantielle de 24 milliards d’euros pour le continent africain pour une période de cinq ans. Par ce geste diplomatique fort, Tokyo entend se placer comme partenaire privilégié de l’Afrique face à l’offensive économique chinoise en Afrique.

Un programme d’aide ambitieux pour l’Afrique

Désormais, c’est officiel, Tokyo ne veut plus rester à l’écart de la compétition face à l’offensive économique de son voisin et rival de vieille date. A l’occasion de la cinquième Conférence de Tokyo pour le développement de l’Afrique (TICAD), organisée à Yokohama du 1er au 3 juin en présence de 42 dirigeants africains, le premier ministre nippon Shinzo Abe a souligné « l’importance de l’autosuffisance et de l’indépendance d’une part, de la croissance d’autre part ». Il a promis 24,2 milliards d’euros environ dont 10.6 milliards d’euros d’aide publique au développement pour « soutenir la croissance africaine sur les 5 ans à venir. ». Ainsi, la TICAD est vivement invitée à « intensifier ses efforts de promotion d’une croissance transformatrice, résiliente et inclusive en Afrique, afin que les avantages puissent être partagés entre tous les citoyens, plus largement, plus équitablement et de manière plus durable ».

 Importance des infrastructures

 Sur la globalité de l’aide promise, « le Japon fournira environ 5 milliards d’euros en cinq ans pour le développement des infrastructures », principalement dans les transports et l’amélioration des réseaux électriques. D’après des chiffres évoqués par des experts à Yokohama, l’Afrique perdrait chaque année 2 points de croissance à cause de la vétusté de ses infrastructures.

La « Déclaration de Yokohama » à laquelle est adjoint un « plan d’action pour la période 2013-2017 », traduit l’engagement des dirigeants africains et japonais, notamment, à promouvoir l’investissement privé, grâce à une amélioration du climat des affaires et des cadres juridiques, souligne l’AFP.

 Un positionnement stratégique face à Pékin

 Par cette annonce diplomatique forte, il n’y a pas de doute, Tokyo entend désormais se positionner en Afrique face aux appétits voraces de Pékin en matières premières, devenu depuis 2009, le premier partenaire commercial de l’Afrique. A ce jour, selon l’OCDE, 13.5 % du commerce extérieur africain se fait avec la Chine contre seulement 2.7% avec le Japon. D’ailleurs, les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Chine ont doublé depuis que Pékin a ravi la vedette de la deuxième économie mondiale au Japon. Conscient du potentiel de croissance que constitue l’Afrique, Tokyo entend jouer un rôle économique stratégique et contrebalancer l’influence chinoise. En conflit avec Pékin sur la question des îles de la mer de Chine, mais aussi sur le plan économique avec sa politique de dévaluation agressive du yen, Tokyo est résolument engagé à profiter des retombées du potentiel africain. Il en profite pour demander le soutien de l’Afrique à sa candidature aux JO de 2020, une tribune sans doute stratégique. La réponse de la Chine ne s’est pas fait attendre. M. Hong Lei, porte parole du Ministère des Affaires étrangères, se félicite des initiatives japonaises : « la réalisation du développement de l’Afrique requiert le soutien et l’aide de la communauté internationale », notant que « la Chine espérait que le Japon serait concrètement à la hauteur de ses engagements ».

 Une opportunité rêvée pour l’Afrique à conditions…

 La bataille diplomatico-commerciale entre les deux poids lourds et rivaux de l’Asie sur le terrain africain est une bonne nouvelle pour l’Afrique puisqu’elle fait entrer de la concurrence dans le jeu économique. Il est tout à fait connu que la concurrence est meilleure à la situation de quasi monopole commercial imprimée par la Chine depuis son offensive économique en 2009. Si l’Europe peine à revenir dans le jeu économique en Afrique, le Japon n’a pas encore dit son dernier mot. Ce retour en force du japon en Afrique va sans doute permettre aux Etats africains de diversifier davantage leurs partenaires, de mieux négocier les partenariats et d’exiger plus de qualité et de choix dans leurs échanges. Pour profiter des retombées de cette guerre commerciale entre les deux géants asiatiques, les Etats africains devront faire preuve d’efficacité, de pragmatisme, de vision et de bonne gouvernance, à commencer par l’amélioration du climat d’affaires et la modernisation des infrastructures.

Dr. Alassani Sanny AGNORO

Politologue

Spécialiste de l’Intégration Régionale en Afrique de l’Ouest

Expert/Consultant en Affaires Economiques, Stratégiques & Géopolitiques

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